lundi 11 août 2014

REFAIRE SA VIE

Il y a une expérience dont je veux, pour vous, être le cobaye. Vous savez, c'est cette théorie qui dit qu'on est responsable de ses maladies et que si on change de vie, le bobo disparaîtra comme par magie. Et bien, si quelqu'un a « plusse » changé de vie que moi, depuis un an et demi, c'est qu'il est mort.
Ce serait plus simple de dire ce qui n'a pas changé, mais ce serait un peu court, alors, je vais prendre le chemin le plus long.
D'abord j'avais une blonde, je n'en ai plus. Elle était mon pétard et moi son allumette, le moindre frottement l’enflammait et la faisait exploser.  On s’engueulait à chaque fois qu’on se croisait. Maintenant, je ne me chicane plus qu'avec ma chienne, mais très rarement, elle garde son mauvais caractère pour les autres chiens.
Le pire, c’est que maintenant, je l’aime d’un amour fou, je parle de mon ex. J’ai tout oublié de nos rencontres volcaniques, en fait, je n’ai rien oublié, mais, j’en ri maintenant.

J'avais une vie sexuelle fort intéressante, ma foi, je n'en ai une qu'avec moi même et, encore rarement (et non pas avec ma chienne).
J’avais une belle famille, je n’en ai plus. C’est quand même quelque chose de ne plus fréquenter, subitement, une douzaine de personnes. En plus que mon beau-père était un être assez spécial, il travaillait à l’Hydro, et je crois qu’ils ont oublié de le débrancher quand il a pris sa retraite, mais ça le rendait vachement efficace.

Ma belle-mère une pure soie, belle et drôle avec un sens de la répartie imparable dont sa  fille a hérité, et aussi de belles belles-sœurs et de beaux enfants, en tous cas. Ce que j’aimais le plus, dans les rencontres familiales, c’était de m’asseoir à la table et écouter leurs histoires, un peu toujours les mêmes, mais toujours racontées avec sourires et fous rires, avec de nouvelles aventures qui s’ajoutaient parfois au corpus .
J'habitais une assez grande maison, mais petite par rapport aux horreurs qu’on peut voir aujourd’hui. Une maison magnifiquement décorée par un grand décorateur avant que je m'y installe et payé en partie par son ex que je remercie. Il y avait même eu des reportages dans le Décormag, une fois sur le salon et l’autre sur la chambre à coucher; c’était dans le style Provençal. Moi, j’avais l’impression de vivre au Château de Versailles. Mais, quand les enfants sont partis, c‘est devenu bien trop grand et vide pour deux, je trouve.
On ne se croisait que rarement, heureusement, souvent pour les repas, dans cette cossue banlieue endormie où on ne buvait que de l’eau minérale. Me voici maintenant à Montréal, près du métro Frontenac, un quartier très, trop vivant où on ne boit que de la bière. D'ailleurs si vous voulez venir visiter le quartier incognito, vous n'avez qu'à vous affublez d'une barbe, de quelques tatouages, d'une caisse de Budweiser et vous passerez inaperçu. Si vous êtes une fille, n'omettez que la barbe et encore…
Dans la même maison, j’avais un immense bureau, construit avec amour juste pour moi, avec une grande vitre où venaient s'écraser de magnifiques oiseaux: des pics majeurs, des geais bleus.
Maintenant, j’ai un petit bureau dans un coin, pour mon ordi et même pas de place pour dessiner, mais, ça, c’est par choix. Par contre, j'ai un arbre à moitié mort, mais plein de moineaux dedans et je vois 1/4 du Pont Jacques Cartier.
Dans la cour, j’avais aussi un « deck » immense, avec vue chez le voisin, où on aurait pu recevoir 25 personnes, tout meublé, genre à la mode, comment ils appellent ça déjà, quand tu as autant de meubles dehors qu’en dedans? En tous cas, j’avais ça et j’y enfilais des canettes de bière dans le derrière de poulets innocents pour les cuire sur mon barbecue.
Il ne me reste qu’un balcon pour moi et pitpitou et je retourne mes boulettes végé dans la poêle.

Mesdames, vous allez être jalouses, mais j’avais une moitié de walk-in à moi tout seul, dans lequel mes vêtements étaient (presque) ordonnés. Je n’ai plus que quelques gardes-robes qui débordent, même si j’ai donné la moitié de mon linge, quelle misère! D’ailleurs, je suis certain que prendre ma moitié de garde-robe a rendu mon ex très heureuse, son côté commençait à déborder.

Nous avions un lit King tellement grand qu’on aurait pu y coucher huit personnes, mais nous n’étions que deux et parfois un chat, pour se parler on s'envoyait des signaux de fumées, mais, souvent, on ne se parlait pas, elle regardait la télé.
Maintenant j’ai un lit Queen, une moitié me sert de bibliothèque et dans, l’autre je dors en cuiller avec ma chienne. Elle n’aime pas tellement, mais je l’oblige.
J'étais un banlieusard un peu gras, qui marchait et sortait peu, tout était toujours trop loin.

Me voilà presque rachitique, à 6 pieds un pouce et 149 livres, sans même avoir essayé de maigrir, sûrement parce que je marche un peu avec Pitou et qu’à mon âge avancé, il paraît que l’on perd de la masse musculaire, quelqu’un me l’a dit.
J'avais ma propre entrée de garage asphaltée à deux et même trois places. Voilà que je prends contravention sur contravention pour avoir mal lu la signalisation dans cette ville aux cents panneaux.

Je travaillais, je ne travaille plus, mais plus du tout. Plus de stress ou « plusse » de stress? Sais pas, mais c’est vachement bizarre de ne pas avoir de raison de se lever le matin. Je ne dessine presque plus et trouve impossible de m'y remettre, à la place j'écris, comme vous l'avez remarqué. Pourquoi? Je ne sais pas. En fait, j'ai toujours sorti mon stylo en temps de crise, pour ventiler, me "thérapiser". Maintenant, j’utilise ma tablette.
J'étais fabuleusement riche, je le suis beaucoup moins. J'avais même un chalet dans la montagne avec un étang plein de grenouilles qui croassaient un peu quand je me baignais tout nu. Maintenant, je ne trempe nu que dans ma baignoire et dans le silence.
Je jouais de la "chain saw"et de la "fendeuse", je me promenais en gros VTT, hiver comme été, je ne le fais plus, il ne me reste qu’une vieille Honda un peu rouillée. Je plantais des fleurs, beaucoup de fleurs, des arbres aussi, un semblant de potager, en ville, comme à la campagne; pas de place au troisième. Faut-il préciser, que tout lui appartenait? Jamais je n’aurais pu me payer tout ça avec mon piètre salaire d’illustrateur. J’étais son homme à tout faire qui n’en faisait jamais assez. Me voilà homme à rien faire qui n’a que son passé.
J’étais chargé de cours à l'Université Laval à Québec, j’ai arrêté, entre autre parce que ma mémoire dérapait. Je n’enseigne plus qu’à ma chienne mais d’après ce qu’on m’en dit je ne réussis pas trop bien, elle jappe encore après tout le monde, en particulier ceux qui me demandent de l’argent à l’entrée du métro. Mais ça, ça me dérange moins, je l’avoue.

Je voyageais à l’étranger, je sors quand même, mais moins loin, j’ai toujours peur de faire la fameuse crise d’épilepsie qui vient souvent avec ma maladie.
Je chantais depuis 13 ans dans le chœur d’un grand orchestre de Montréal ; je n’y chante plus, d’abord, because la maladie, puis, ensuite, parce que ma voix ne collait pas avec l’œuvre interprétée en mai dernier. C’est d’ailleurs la seule fois dans mon année de malheur où j’ai pleuré, parce que je pensais vraiment que ma carrière de grand chanteur lyrique était terminée. Heureusement, ce n’était que temporaire. Mais, encore faut-il que je me rende jusqu’au prochain concert en un morceau.
Je me suis, disons, réconcilié avec mon ex, je parle de la dernière, bien sûr, ça c’est si elle ne se fâche pas de ce que j’ai écrit ici et j’ai aussi fait la paix avec quelqu’un avec qui j’ai vécu de bizarres d’évènements il y a de cela plus de vingt ans, des choses qui me pesaient depuis ce temps. C’est elle qui a fait les premiers pas et je l’en remercie du fond de mon cœur, c’est tellement libérateur. Pour résumer, disons que j’ai voulu devenir calife à la place du calife, moi l’infâme Iznogood.
Dans ma tête, aussi, j’ai beaucoup changé, depuis que Luka Magnota est devenu notre nouveau pape, j’ai repris confiance en l’église catholique et je vais communier à tous les dimanches…mais non, c’est une blague, je sais très bien que le nom du pape est Vito Rizzuto Alle Vongole ou quelque chose comme ça.
En fait ça n'a pas changé, ou si, comme je n'ai plus de pôle, comme avant, mon esprit ne sait plus où donner de la tête. Fini le "one track mind"de la chicane à répétition, mais on remplace ça par quoi? Oui, Je sais, on cherche le bonheur en soi, dans son cœur, il est là. Mais, moi je le cherche toujours le maudit bonheur. C’est grand à l’intérieur de moi, c’est infini, pi i fa noir, pi j’ai oublié mes allumettes. On dit que la lumière est au bout du tunnel, mais j’ai même pas trouvé le tunnel, encore moins la lumière.
Ah! C’est vrai j’ai la flash light de mon I phone. D’ailleurs, à quand une application « chimio contre les tumeurs au cerveau ». Je me disais que si Steve Jobs avait su qu’il mourrait de son cancer de je-ne-sais-quoi, il aurait pu mettre son énergie géniale à se trouver une façon de se guérir au lieu de créer des gadgets.
Donc, comme disent les gens érudit, ma vie est un palimpseste (j’ai fait une faute en l'écrivant, la preuve que je n'en suis pas un). Ma vie est un tableau noir qu'on a effacé et je ne sais même pas si j'ai le temps de réécrire quelque chose à la place.
Bien sûr, si je meurs tout de même de ma tumeur, ceux qui pensent que l’origine des cancers est psychosomatique, vous diront que je n’ai pas fait les bons changements : pas fait de yoga ou de relaxation, pas mangé assez de graines de lin ou de brocoli, que j’étais mal mentalisé, que mon moi passé n’est pas encore assez mort pour que je renaisse.
Et bien, vous savez ce que je leur dis à ces gens là : j’aime mieux devenir légume bientôt, à cause de mon cancer que d’avoir une longue vie de zénitude cucurbitacée.




1 commentaire:

  1. Et les bébés qui naissent avec un cancer, ils ont fait quoi pour mériter ça? C'est en me posant cette question que j'ai décidé d'accepter le cancer qui me rongeait la gorge et de me défendre contre cette horreur. J'ai eut de la chance, c'était incertain mais les médecins ont sortis les gros canons et je suis guérie. Me reste une bouche sans salive, une nuque raide et du mal à me trouver du travail. Laisse tomber les gourous de la médecine douce et profite de ta nouvelle vie. Tu as au moins eut la chance de goûter au luxe. Goûte ce présent qui te fait faire des rencontres.

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