MON GRAND-PÈRE ERROL ET L'ÉTERNITÉ
En ce merveilleux temps des fêtes, je me disais qu'il serait de mise de vous raconter une histoire un tantinet plus positive que ce que je vous ai raconté récemment.
Je veux vous parler du fait que je suis éternel, oui, oui, éternel et de ce fait, vous aussi. C'est quand même une bonne nouvelle, n'est ce pas?
Je ne suis plus croyant depuis longtemps et tous les ésotérismes me hérissent au plus haut point, alors la petite histoire qui m'est arrivée m'a étonné quelque peu.
Il y a de cela une trentaine d'années, je discutais de tout et de rien avec mon grand-père Errol qui devait bien avoir 80 ans à l'époque. C'était un homme simple mais qui avait une opinion sur tout. Il me racontait comment, à son époque, les prêtres régissaient la vie des gens et leurs façons de penser. On sentait encore tout le ressentiment qu'il avait contre l'église Catholique. Il conclut sa tirade anticléricale sur cette phrase: "Les fleurs ont pas besoin de demander la permission pour pousser."
Un libre penseur le Errol.
De retour chez moi, je me suis couché, je me suis endormi, mais vers trois heures du matin, je me suis réveillé en sursaut et en m'asseyant dans mon lit je me suis dit : "Je suis ÉTERNEL!"
En me levant, j'avais encore dans la tête la vision fugace de la fleur de mon grand-père.
C'est la seule fois de ma vie où j'ai eu une telle révélation. Mais en a-t-on besoin d'une autre? Fini pour moi la peur de mourir. Quand on m'a annoncé que j'allais mourir bientôt, je n'ai même pas bronché et la docteure un peu surprise de mon manque de réaction m'a dit que je devais être un analytique, alors que je suis tout sauf ça. Elle ne connaissait pas mon secret.
Par contre, il fallait quand même que je comprenne pourquoi nous étions éternels. C'est que la création, l'univers entier est éternel, mais pas de la façon dont on le pense. Quand une étoile meurt, pensez vous qu'elle se réincarne en fée des étoiles ou en chanteuse à Star Académie. Elle est composée d'atomes et ces atomes sont et seront toujours, ils se dispersent simplement dans l'univers comme ceux de l'espèce humaine dans un grand ballet cosmique.
L'homme dans son grand nombrilisme, essaie toujours de faire de lui-même un être spécial, supérieur, alors qu'il n'est qu'une infime partie d'un tout immensément grand. Si vous regardez le ciel en vous disant que vous faites partie de cet ensemble que chacun de vos atomes est le frère de tous les atomes de l'univers, vous vous sentirez immensément grand et en paix.
Il faut avoir l'humilité de comprendre que nous ne sommes rien. Tous les efforts que nous faisons pour être quelqu'un, différent, pour se dépasser, comme c'est la mode de le dire par les temps qui courent, ça ne reste qu'au niveau humain et dans quelques siècles il en restera bien peu de chose. Si vous regardez le firmament et que vous vous dites que vous êtes bien petit, vous allez passer votre vie à essayer de vous grandir, de prendre le plus de place possible et ça, c'est bien humain.
Mais, quand on vous met devant votre finitude, les perspectives changent totalement, je ne suis qu'une infime partie d'un grand tout, mais je suis ÉTERNEL, pas trop mal pour un ti-cul de Villeray.
P.S. Toute ressemblance avec les théories Bouddhistes et celle de Hubert Reeves sont tout à fait fortuites. J'ai écrit ce texte avant de me rendre compte que ça ressemblait beaucoup au Bouddhisme et c'est en écrivant sur les étoiles que je me suis rappelé du titre du livre de M. Reeves, "Poussières d'étoiles", qui expose les choses d'une façon assez semblable.
Les grands esprits se rencontrent ;-D.
D'ailleurs, si vous voulez partir une religion au nom de mon grand- père ( l'Errolisme?), ne vous gênez pas, et j'accepte les dons.
samedi 28 décembre 2013
Errol et l'éternité
samedi 21 décembre 2013
Anniversaire de ma Tumeur
L'ANNIVERSAIRE DE MA TUMEUR
C'est aujourd'hui l'anniversaire de ma tumeur, ou plutôt de sa découverte. Je ne saurai jamais quand elle est apparue, mais je sais très bien quand elle va disparaître, car je disparaîtrai en même temps qu'elle dans les flammes du four crématoire. Déjà un an, ça signifie que selon mon premier médecin il ne me reste qu'un an à vivre et selon mon dernier médecin, trois.
J'ai demandé à mon oncologue combien de temps il me restait à vivre il y a huit mois, réponse: deux à quatre ans. Je le lui redemandé récemment même réponse. Alors, je me dis que si je lui repose la question dans quatre ans il va peut être me dire dans deux à quatre ans. Ça vaut la peine d'essayer en tout cas.
Ce qui me fait douter de son verdict, c'est qu'après m'avoir dit les chiffres il fait un drôle de bruit d'expiration, assez sonore et surprenant, comme s'il se dégonflait subitement et il m'a fait ça à deux occasions. J'ai un peu l'impression qu'il dit la même chose à tous ses patients, comme pour s'en sortir, même s'il ne peut être sûr de rien.
Moi, si j'étais à sa place je dirais: "Quand tu seras sur le point de mourir je te le dirai combien de temps il te restais à vivre. En attendant j'essaie de te garder en vie "faque achales moi pus" avec ces questions de prédiction. Quant à moi, tu serais mieux d'aller te faire lire les lignes de la main".
Mais, c'est un très bon médecin plein d'empathie, calme et pondéré, il ne me dirait jamais une telle chose alors, disons que j'espère que c'est comme un bail et que c'est renouvelable.
Pour l'instant, je me sens bien dans mon corps, même plus en forme que jamais puisque à cause ou grâce à certains changements dans ma vie, j'ai maintenant un chien à moi tout seul et à temps plein que je dois sortir deux fois par jour. J'habite maintenant au troisième étage, alors plus question que je lui ouvre la porte pour qu'il aille faire ses besoins.
Même par moins mille degrés, je dois m'habiller et affronter les éléments. Après me les être gelées quelques fois, je sais enfin comment m'habiller selon la température et je n'ai jamais autant consulté la météo.
C'est dans la tête que ça va moins bien. Je devais mourir, mais rien à faire ça ne vient pas, alors je me retrouve au milieu du (presque) vide sidéral que j'ai créé dans ma vie. J'ai du temps, mais en dehors des sorties avec pitou, je ne sais pas quoi en faire de ce temps.
C'est quand même cocasse, depuis qu'on m'a dit qu'il me restait peu de temps, je n'ai jamais trouvé le temps aussi long.
C'est difficile de commencer, d'initier quelque chose en sachant qu'il y aura des points de suspension à plus ou moins brève échéance. Quand je pense que j'ai dit dans un de mes premiers textes que je me sentais libéré du poids de la vie. Je disais même que le temps était élastique, mais je peux vous dire que l'élastique m'a "pété dans la face".
Bon, sur ce je vous laisse, j'ai rendez-vous chez ma psy.
Mais non c'est une blague, en fait j'en ai consulté une, mais ma conclusion, après trois séances fut que je trouve toujours ma rédemption dans la création: dessiner, chanter, écrire. Alors de là ce blogue que je reprends aujourd'hui, bien plus pour moi que pour vous, je m'en excuse.
Finalement, j'ai un jeu à vous proposer. Vous prenez la photo de mon crâne vous l'imprimez à un format un peu plus grand, vous l'affichez sur un mur. Puis, vous prenez une push pin que vous essayez de planter dans ma tumeur avec les yeux bandés,bien sûr.Comme le jeu de l'âne quoi! Ça ferait un peu vaudou aussi et peut être que ça aiderait à ce qu'elle se tienne tranquille
Ceci dit je ne sais pas moi-même où elle est ma tumeur. À chaque fois qu'ils me la montrent, j'oublie, c'est tellement tout pareil.
Pour conclure, en ces pages, je vous raconterai mon "anus horibilis" en voici un exemple:
En me réveillant ce matin, je me suis dit "Hey, il me semble que ça fait un bout qu'il ne m'est pas arrivé de malheur". Tout joyeux je me penche vers mon chien pour l'embrasser sur la tête, mais elle, surprise par cet élan improvisé, relève la tête subitement en me frappant le menton. Résultat, une "babine" fendue.
vendredi 12 avril 2013
Toujours vivant
TOUJOURS VIVANT
Comme le chantait ce mort bien connu, ce bon vieux Gerry, je suis toujours vivant.
Dans le deuxième texte de ce blogue, je vous disais que j'avais trouvé sur internet bien peu d'articles sur la mort et j'ai compris pourquoi aujourd'hui. Quand on est malade on a juste pas le goût d'écrire, ça ne prend pas la tête à Cousineau pour penser à ça. Au tout début, lors de l'annonce, j'étais trop bien portant pour m'en rendre compte, c'est depuis que je me fais soigner que je suis malade, contradictoire, mais c'est pour m'aider à plus longue échéance, on espère.
Comme le chantait ce mort bien connu, ce bon vieux Gerry, je suis toujours vivant.
Dans le deuxième texte de ce blogue, je vous disais que j'avais trouvé sur internet bien peu d'articles sur la mort et j'ai compris pourquoi aujourd'hui. Quand on est malade on a juste pas le goût d'écrire, ça ne prend pas la tête à Cousineau pour penser à ça. Au tout début, lors de l'annonce, j'étais trop bien portant pour m'en rendre compte, c'est depuis que je me fais soigner que je suis malade, contradictoire, mais c'est pour m'aider à plus longue échéance, on espère.
De là ce long hiatus, mais c'est aussi qu'après ma grosse fatigue et mes nausées (voir l'article suivant) j'ai un peu perdu le l'impulsion d'écrire, je commençais mais ne finissais pas. En voici un que j'ai écrit il y a presqu'un mois.
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| CE QUE VOUS VOYEZ AU BAS DE L'IMAGE, C'EST LE MASQUE QU'ON ME MET SUR LA TÊTE ET QU'ON FIXE À L'APPAREIL DE RADIATIONS POUR ÊTRE BIEN CERTAIN QU'ILS VISENT À LA BONNE PLACE. |
LA NAUSÉE
J'ai illustré la page couverture de "La Peste de Camus" aux éditions "CEC" il y a quelques mois, mais pas "La Nausée". La nausée, c'est moi qui l'ai eu. Tout ceux qui ont eu de la chimio savent ce que c'est j'imagine. La mienne a commencé peu après le début de ma radio/chimio. Elle était légère mais constante. Je n'avais jamais faim, ce n'est que quand le nourriture était dans ma bouche que j'en appréciais un peu le goût, mais j'avais beaucoup moins d'appétit.
Le pire c'est qu'elle me rendait tout absolument répugnant. Tout ce que je faisais ou touchait avec la nausée associait immédiatement l'objet ou l'action à cette nausée. Par exemple, écrire ce blogue. J'ai bien commencé quelques articles, mais je ne pouvais plus y retourner par après, c'était la nausée instantanée. Méme chose pour mon petit somme de l'après-midi. Depuis le début, je m'étendais sur le canapé dans le salon, j'étais bien, confortable, presque heureux. Puis, rein à faire, il a fallu que je passe par tous les lits et sofas de la maison. Pénible!
Si je parle au passé, c'est qu'on m' a remis sur le Décadron (la cortisone) parce que mon cerveau enflait. Moi qui suis pourtant si humble. Alors, j'ai retrouvé appétit et énergie, mais la bouffissure de la face qui vient avec devrait apparaitre bientôt et tous les dommages que ça fait à mes glandes surrénales. On ne peut pas tout avoir.
Et me voilà aussi redevenu un oiseau de nuit. J'ai recommencé à ne dormir que 5 ou 6 heures par nuit, alors je me remets à écrire.
Pour en revenir au Décadron, J'adore son nom, il me fait penser à celui de Goldorac, ce robot, personnage de BD japonaise des années soixant-dix que mon petit frère écoutait. Le Décadron semble être de la même trempe que Goldorac. Il semble être LE médicament miracle pour traiter de nombreuse maladies, sauf que je trouve étrange qu'on ne puisse pas le doser mieux et qu'il me donne juste un peu plus d'énergie, mais pas trop comme en ce moment. Après avoir vécu le retrait et la chute la première fois, j'appréhende beaucoup le retour du boomerang. J'espère qu'ils me feront ça plus en douceur.
J'ai d'ailleurs rencontré ma douce docteur Li la semaine dernière qui m' a dit qu'elle travaillait avec une compagnie pharmaceutique en ce moment pour trouver un médicament qui règlerait ces problèmes.
UNE PETITE MORT
Dans la série de mes malheurs il y a un autre dont je ne vous ai pas parlé et que je qualifierais de petite mort, pour rester dans le thème. Vers la fin de janvier, alors que j'avais presque vingt-cinq textes d'écrits, je les ai tous jetés à la poubelle. Sur l'application Notes des Ipad, vous avez le choix entre garder les textes ou les envoyer par Gmail. J'ai cliqué sur Gmail pour voir et tous mes écrits y ont été envoyés. Mais, comme je ne voulais pas ça, je les ai tous jetés à la poubelle et, moi qui ne suis jamais si propre et organisé que ça, j'ai vidé la poubelle sans savoir qu'il n'y en avait plus de copies nulle part.
Enfer et damnation, dur coup à cinq heures du matin. Je suis resté bouche-bée quinze minutes, puis, vive le Décadron, je me suis remis à écrire immédiatement en essayant de me rappeler tout ce que j'avais perdu.
lundi 4 mars 2013
Ici et maintenant
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| LA MAGNIFIQUE INCISION SUR LE CÔTÉ DE MA TÊTE |
ICI ET MAINTENANT
Je vous soumets beaucoup de textes qui parlent des
débuts de mon aventure dans le merveilleux monde de la maladie. Je peux vous
dire que c’est un travail à temps plein, juste essayer de survivre est plutôt
difficile ces temps ci.
Depuis que le docteur Li m'a coupé le Décadron le 8
février dernier, j'ai vécu une sorte de descente aux enfers. Alors que je
dormais 4 heures par nuit, avec la cortisone, voilà que c’était l’inverse 20
heures de dodo un peu enfiévré par jour.
J'avais à peine assez d'énergie pour me lever de
mon lit et me coucher ailleurs. Dur, dur, je n'ai jamais connu ça, sauf bien
sûr quand j'étais malade, grippé ou un truc du genre. Mais après quelques
jours, il finissait par y avoir amélioration. Là, rien, en fait non, il y avait
parfois amélioration, mais à chaque fois c'était une illusion. Je retombais
plus bas le lendemain.
Parfois je me demandais, si ce n'était pas dans me
tête, à chaque fois que j'avais un rendez-vous à l'hôpital je me sentais bien,
ce n'est qu'au retour que je retombais dans ma léthargie et que je n'en sortais
plus. Ça me prenait une heure ou deux pour aller du point A au point B, juste
trouver la force. Je passais tout mon temps à me dire, bon c'est maintenant,
bon c'est maintenant, mais ce n'était jamais maintenant, je n’en avais jamais
la force. C'était très pénible pour quelqu'un d'aussi dynamique que moi. Si
c'est un prélude à ce qui m'attend, ça va être plate en chien.
Par contre, à part que je voulais mourir tout de
suite, le moral était bon, je sais
que c'est un peu contradictoire, mais je n'essaie pas de comprendre.
Le 14 février, j'ai rencontré le docteur Lessard,
mon docteur « radio ». Elle est très sérieuse et vous regarde avec un
air un peu contrit, comme si elle se sentait coupable à la pensée qu'elle va
vous faire souffrir. On m'a fait un masque, un moulage de mon visage avec des
marques pour être certain qu'on vise au bon endroit dans mon cerveau. Je
n'aimerais pas qu'ils manquent leur coup.
Aujourd'hui, 4 mars, ça va mieux, c'est pour ça que
je me remets sur mon blogue. Sauf que je commence la radio demain. J’aurai le
droit à une dose par jour pendant 30 jours. Heureusement on fait relâche le
week-end. Je prendrai aussi la chimio en pilule et ça va couter la modique
somme de 9000$ à ma compagnie d’assuranc
En passant, quand j'ai vu le docteur Li, la
dernière fois, j'en étais à 2 ans de survie parce que j'avais un astrocytome,
le pire, celui qui est en forme d'étoile. Par contre, quand j'ai rencontré le
docteur Bélanger, celui qui s'occupe de ma chimio voilà que je montais à 4 à 6
ans.
C'est à ce moment là que je me suis demandé si on
ne pouvait pas soudoyer les médecins, leur glisser une petite enveloppe brune,
pour gagner quelques années, voire pour effacer un dossier totalement, faire comme
si ma tumeur n'avait jamais existé.
P.S. Un gros merci à ceux qui m'ont écrit en
réponse à mes premiers textes. Vous lire m'a fait le plus grand bien.
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| MON VISAGE GONFLÉ AU DÉCADRON. |
jeudi 28 février 2013
Ma mort version 1 (4 janvier 2013)
Lors de ma première rencontre avec ma douce docteure Li et après qu'elle m'eût annoncée qu'il ne me restait que de 2 à 10 ans à vivre, elle m'a dit qu'elle devait me faire une biopsie au cerveau et si j'ai bien compris, dans mon cas par aspiration.
En bon illustrateur que je suis, je l'imaginais une paille entre les dents en train d'aspirer mon cerveau comme un milk shake. Mais, c'est d'une seringue-aiguille qu'elle se servira, grand bien me fasse.
Elle m'a dit encore que selon les statistiques, j'avais une chance sur cent d'en mourir. Ça peut sembler beaucoup ou très peu. Je m'imaginais à Ho Chi Minh ville au Vietnam, là où la circulation ne s'arrête jamais et je me voyais traverser la rue en valsant entre mobylettes et motocyclettes avec un petit carnet que je cocherais, un, deux, trois... En sachant qu'avant que j'arrive à cent je me ferais happé par le seul camion qui passerait par là parce qu'il aurait été sur mon côté aveugle.
Du même souffle elle m'a dit que vu qu'elle allait jouer dans mon cerveau, il y avait quatorze pour cent de chances que j'en sorte, au pire légume, au mieux avec des crises d'épilepsie ou de plus lourdes pertes de mémoire ou des pertes d'équilibre, des étourdissements ou un changement de personnalité, genre que je deviendrais fin avec ma blonde, tout à coup.
Toutes des perspectives pas très souriante sauf la dernière, peut être.
Rassurez-vous, j'ai survécu à la biopsie et je suis encore en état de
fonctionner, même si pour mon docteur je suis bien chanceux.
Je décidai donc avant l'opération, de faire mes adieux à la terre, quand
vous aurez lu l'article sur mon grand-père Errol, vous comprendrez que je
suis éternel et que de ce fait, la mort ne me fait pas peur. En fait cette
première mort fut un des plus beaux moments de ma vie.
Je suis étrangement conçu, autant le quotidien peut me stresser, faire un
appel téléphonique, rencontrer un inconnu...autant me faire dire que
j'allais mourir ne m'a jamais perturbé, ça m'a même réjoui.
Je devais me faire opérer le 4 janvier. Alors après l'annonce du 21
décembre, j'ai eu quelques jours de liberté et de bonheur et j'en ai profité
intensément pour voir les gens que j'aime et surtout ne faire que ce qui me
plaisait en ce merveilleux temps des fêtes qui pour moi est la pire période
de l'année. Je pense que je souffre beaucoup qu'on me sorte de mon
quotidien, sauf pour les voyages bien sûr.
Donc, le bonheur: je me revois avec mes enfants et ma blonde sur la rue
Saint-Denis à siroter un café en mangeant un énorme gâteau aux carottes chez
les Deux Marie (ou sont-elles Trois) enfin, c'était meilleur que jamais.
Donc beau temps des fêtes, sauf que comme tout le monde, je poigne la
grippe, en fait un rhume que je traînerai fort longtemps.
Le trois au matin, je me présente avec ma petite valise (à jeun?) et je
passe la journée dans ma chambre avec Gary, mon voisin tatoué de pied en cap
en bon soldat du crime qu'il fût naguère (c'est lui qui me l'a dit). Ce
pauvre homme que je trouvai par ailleurs très serein, est ici cloué à son
lit, depuis 2 mois. Il a une tumeur près de la moelle épinière qui le fait
souffrir toujours et qui l'empêche de prendre une quelconque autre position
que sur le dos. Il a des tumeurs récurrentes qu'il se fait enlever, mais là
c'est plus délicat à cause de sa proximité avec ce point névralgique du
corps. Ses médecins ne semblent pas savoir quoi faire avec lui.
En fin d'après midi, je saute le souper officiel pour un examen quelconque
et à mon retour on me sert ce qui semble être un repas de diabétique. Ça
semble la seule chose qu'ils aient pu trouver dans tout l'hopital. C'est une
omelette et une soupe qui goûte encore "plusse" rien que ce que la bouffe
d'hôpital peut goûter en temps normal, faut le faire.
Je demande à ma blonde mes dernières volontés culinaires, ce sera simplement
quelques tranches de mon pain au levain que je fais moi même et un peu de
Zurigo, un délicieux fromage québécois. Elle va m'apporter mon pain, mais du
Oka à la place du Zurigo, parce qu'il pue, supposément. Bien sûr elle m'a
apporté des tonnes d'autres choses, généreuse comme elle est.
Une fois dans mon lit, j'étais tout à fait heureux, détendu, en paix. Alors,
je me suis mis à penser à ce que j'aimais le plus manger, je ne sais pas
pourquoi. En tête du palmarès venaient huîtres et citron avec une bonne
bière belge et tout de suite après un bon Bordeau avec de bons fromages,
puis des rouleaux du printemps, mais faits par moi-même, tout croches, mais
bien farcis et des sashimis et j'ai continué la liste comme ça en me
délectant intérieurement.
Puis, j'ai pensé à tous ces fabuleux voyages que j'ai pu faire, en en
revivant quelques-uns dans ma tête, comme dans un rêve. Quand mon fils était
bébé et que je devais lui donner sa bouteille à trois heures du matin je
faisais ce même exercice. Je prenais un voyage en particulier et je le
refaisais au complet en suivant l'itinéraire et c'était vraiment comme si
j'y étais avec en plus mon fils dans mes bras et mon gros chien à mes pieds,
le bonheur total.
Jamais une pensée négative n'a traversé mon esprit, je ne me forçais même
pas à être positif, ça me venait tout seul. Puis sont venus ma famille, mes
amies et amis et je me suis endormi heureux d'une si belle vie.
Le lendemain matin, je me suis rendu moi-même à la salle d'op, sauf que
j'avais tellement peur de geler que j'avais gardé mes survêtements qu'on m'a
obligé à enlever pour ne garder que la magnifique jaquette.
Je ne sais pas si vous vous êtes déjà fait anesthésier, moi c'était la
deuxième fois et c'est assez spécial. Ils vous entrent dans la salle, vous
disent bonjour et une seconde après vous n'êtes plus là, comme si vous
cessiez d'exister. Ils pourraient vous charcuter, vous couper les deux
jambes, vous greffer la tête de Jean Charest, vous ne vous en rendriez même
pas compte.
Moi, le docteur Li m'a simplement fait une jolie courbe du côté gauche,
derrière la tête avec de forts belles et grosses agrafes. Dans la douleur,
je ne me suis rendu qu'à trois sur dix, donc même pas besoin de petites
pilules. Je devais rester étendu avec un tube dans le moineau et des
jambières gonflables autour de jambes. Le plus pénible dans tout ça, ça été
mon infirmière qui tenait absolument à ce que je lui fasse un litre de pipi
avant de partir pour être certain que tout fonctionnait. Elle m'a laissé
partir après deux petits essais insatisfaisants, le regard plein de
reproches.
Dessins-salle d'attente 2
SALLE D'ATTENTE 2
![]() |
| Maria Ballara. C'est ma première fois, vous m'appelez par mon nom? |
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| J'ai rendez-vous avec un néphrologue, je sors de Fleury. |
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| Lucette Bissonnette sous sa couverte. |
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| On s'en va tu chez nous? J'ai été m'assir la t'su, c'est chaud. J'espère qu'on attendra pas icitte toute la journée, calique |
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