Bon, je dois d’abord m’excuser
auprès de mes fidèles lecteurs qui attendent sûrement le point final à cette
histoire, mais je dois avouer que je me suis laissé prendre au jeu de mes souvenirs
et que j’ai parfois dérapé consciemment dans toutes les directions. Bien sûr,
j’écris d’abord ces textes pour moi, mais avoir vos commentaires et vos
appréciations me comblent.
Mon père, comme à peu près tout
le monde à cette époque était croyant et pratiquant, il fallait donc aller à la
messe chaque semaine, mais à l’adolescence nous avions trouvé un subterfuge.
Comme vous le savez à 15 ou 16 ans, on a besoin de beaucoup de sommeil,
étant en croissance. Alors nous
faisions semblant de dormir, jusqu’à la dernière messe. Personnellement c’est
un peu là que j’ai commencé ma carrière d’artiste. Pour m’occuper, je dessinais
mes pieds et mes mains.
Ma mère, quant à elle, emmenait
ma jeune sœur en ballade en voiture et ne revenait à la maison qu’à la fin du
service liturgique. Belle famille!
À Noël, on ne recevait jamais ce
qu’on désirait, mon père nous disait souvent que lui, à Noël il recevait une
orange et c’est tout. Moi, je voulais des fusils de cow-boy, bien sûr, tous les
petits garçons ont besoin d’une arme pour se protéger mais mon père n’a jamais
voulu. Il avait failli aller à la guerre et s’en était sorti en faisant croire
qu’il souffrait d’énurésie. Alors, les armes, pas pour lui et c’est tout en son
honneur, je trouve.
Et ce train électrique, beaucoup
trop cher, que je voulais tellement. Il m’en a acheté un avec une clef qu’on
remonte et m’a dit que si je l’avais encore l’année suivante j’en aurais un
« vrai ». Bien sûr, l’année suivante, mon train à ressort était
brisé, surtout qu’on jouait avec dans le carré de sable.
Pour en revenir au magasin de
mon grand-père, il y avait à l’arrière, un salon de barbier où mon père a
appris à couper les cheveux ou devrais-je dire à les raser, comme c’était la
mode à l’époque. Je me souviens de ces vieux messieurs et je me demande si ça
existe de jeunes barbiers, il me semble que tous ceux que j’ai connus avaient
un âge plus que vénérable.
Malheureusement, se faire couper
les cheveux par mon père était une horreur : on ne penchait jamais assez
la tête, on ne la tournait jamais du bon côté, on bougeait trop. On aurait bien
aimé que nos cheveux poussent moins vite, car les tontes revenaient trop
rapidement à cette époque.
Comme moi, il ne pleurait
jamais, sauf, tenez vous bien, en regardant Caliméro. Ce poussin noir avec sa
coquille brisée sur la tête, rejeté de ses frères et sœurs parce qu’il était
différent, savait toucher le cœur de cet homme. Et quand le petit disait :
« C’est vraiment trop inzuste » mon père ouvrait les fontaines, il
tournait sa chaise vers la fenêtre pour ne pas qu’on le voit pleurer. Mon jeune
frère dit souvent qu’on aurait pu se faire arracher un bras, il n’aurait pas
bronché mais ce pauvre Caliméro…
Pour vous montrer que la pomme
n’est pas tombée loin de l’arbre, je me souviens que lors d’un voyage en vélo,
j’ai trouvé une copie de « Bouillons de poulet » dans les toilettes
d’un B&B et que je me suis mis à lire cette histoire d’un type dont le père
est mourant. Ça se termine avec le père qui danse soutenu par son fils et je me
suis mis à pleurer, comme je pleure en l’écrivant en ce moment et je me demande
pourquoi ces histoires factices me touchent ou nous touchent plus que la
réalité. Quand j’écris sur mon père, rien, de glace, mon cœur.
Jean-Pierre, c’est son nom, était un grand patineur, moi qui patinais sur la bottine avec mes guibolles molles, j’étais vraiment impressionné. Il allait, à mes yeux d’enfants, à une vitesse folle, par devant, par derrière et je le vois avec seulement un petit coupe vent rouge filant comme une comète.
Jean-Pierre, c’est son nom, était un grand patineur, moi qui patinais sur la bottine avec mes guibolles molles, j’étais vraiment impressionné. Il allait, à mes yeux d’enfants, à une vitesse folle, par devant, par derrière et je le vois avec seulement un petit coupe vent rouge filant comme une comète.
Moi, je n’ai été dans une équipe
que pour une seule partie sur une patinoire extérieure et étant poche, le coach
m’a laissé gelé sur le banc les pieds dans la neige et j’ai compris ce jour là
que je ne serais pas le prochain Maurice Richard, ni même son frère Henri. Par
contre, j’ai appris que la meilleure façon de se dégeler les pieds, c’est de
courir sur ses bas dans la neige. Mais, personnellement j’aurais préféré jouer
et ne pas me les geler… les pieds.
Il nous a fait des patinoires
dans la cours arrière pendant des années. On en a même eu une qui faisait aussi
la cour du voisin monsieur Lanctôt et avec une bande en plus. Elle était à
peine plus petite que celle au parc.
Mais on payait pour quand même,
il fallait bien la déneiger cette patinoire et si vous vous souvenez des
tempêtes de l’époque, c’était beaucoup de travail pour nos petits bras
maigrelets. En plus il fallait aller patiner, sinon mon père se sentait lésé et
pensait qu’il faisait tout ça pour rien et on ne voulait surtout pas qu’il soit
malheureux, notre bien-être en dépendait. Comme je patinais très mal, au bout
de 15 minutes, j’avais mal aux chevilles. Les patins n’offraient pas de soutien
à cette époque et comme ils étaient presque toujours usagés, le cuir était mou
comme de la guenille. J’ai toujours préféré le hockey dans la rue, j’étais
définitivement meilleur sur mes deux pieds, mais aujourd’hui j’adore patiner,
merci Pop!
P.S. Un jour que je n'avais pas de papier sur lequel dessiner, ma soeur Élaine m'a gentiment prêté les pages vierges du roman genre Harlequin qu'elle avait avec elle (la 3e image) et qui s'intitulait "Un instant d'infini". Assez approprié comme titre, sauf que dans le roman ça devait finir mieux que pour mon père, quoique une fois qu'on a passé de l'autre côté, on doit tu être bien!
À suivre
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